Par Léa Trentalaud, consultante senior chez Chefcab

L’annonce faite cette semaine par le ministre du Travail de la création d’une « force spéciale », au sein de France Travail, pour accompagner le recrutement dans l’industrie de défense, résonne avec l’actualité internationale. Alors que les dirigeants du monde entier se réunissaient au Forum économique mondial de Davos, dans un climat de tension géopolitique exacerbé par les menaces de Donald Trump, cette annonce envoie un message clair. Derrière les défis géopolitiques et militaires qui bousculent notre continent, la solidité de notre écosystème de défense dépend de notre capacité à recruter, et à former à grande échelle.

«  À l’occasion de ses voeux aux Armées la semaine dernière, le Président de la République avait appelé les industriels de la défense à investir davantage, produire davantage et produire plus vite.  »

Mais pour répondre à cette injonction présidentielle, et assurer notre sécurité, l’enjeu de la main-d’œuvre est crucial. Si l’industrie de défense constitue un secteur attractif, elle reste confrontée à des tensions de recrutement structurelles. L’augmentation rapide des besoins face à la flambée des conflits et des tensions se heurte à une pénurie de profils qualifiés, alors que la France constitue le principal pôle d’emploi de la défense en Europe, avec 43% des offres à l’échelle européenne.

« Dans ces conditions, la décision de mobiliser une « force spéciale » dédiée au recrutement prend tout son sens, d’autant plus lorsque l’on sait que près de 10 000 offres d’emploi sont disponibles dans l’industrie de défense sur l’ensemble du territoire, et que 40% des PME du secteur indiquent manquer de ressources humaines pour répondre à leurs carnets de commande. »

Cette task force devra aussi capitaliser sur le budget en hausse alloué à la défense – 6,7 milliards d’euros supplémentaires prévus dans le projet de loi de finances 2026 – qui permettra d’engager de nouvelles commandes pour l’industrie de la défense.  Pour que cette “force spéciale” réussisse sa mission, elle devra néanmoins aller au-delà de la publication d’offres dédiées, et jouer un véritable rôle de promoteur des métiers de la défense auprès des actifs. Plus largement, la construction d’un vivier de compétences adapté à nos besoins stratégiques passera par une offre de formation renforcée sur les métiers de la défense et de l’industrie, et sur une image renouvelée, alors que le secteur peut souffrir d’une réputation clivante. 

La sécurité nationale se joue aujourd’hui autant sur les fronts géopolitiques que sur le terrain des emplois et des compétences. Dans un monde incertain, c’est en liant politique d’emploi, formation professionnelle et ambition industrielle que la France renforcera sa souveraineté.