Par Corentin Dattin, consultant senior chez Chefcab
En 2025, les troubles psychologiques sont devenus la première cause d’arrêts longs chez les moins de 30 ans, selon le Datascope AXA. Une tendance grandissante, placée au centre de la Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail, qui s’est tenue cette semaine autour d’un thème qui tranche avec les éditions précédentes : « Agissons pour un environnement de travail psychosocial sain ». Il y a un an, c’est le rôle de l’intelligence artificielle dans la transformation des conditions de travail qui avait été placé au centre. La succession de ces deux éditions amène à se questionner sur la façon dont l’IA reconfigure le travail, et comment cette reconfiguration a des effets directs sur la santé des travailleurs.
« Le rapport de l’OIT publié cette semaine pointe le fait que les risques psychosociaux sont responsables de 840 000 décès dans le monde chaque année, en raison de maladies cardiovasculaires et des troubles mentaux, principalement. »
En plaçant ce 28 avril sous le signe des RPS, l’OIT rappelle que les facteurs psychosociaux – charge de travail, clarté des rôles, autonomie, soutien managérial, équité des procédures – influencent directement la sécurité et la santé des travailleurs, et doivent être traités au même titre que les risques physiques, chimiques ou biologiques.
L’Organisation Internationale du Travail relève que la communication numérique, qui a pris une place très importante dans le quotidien des entreprises, ou les messages en dehors des heures de travail, contribuent à la dégradation des conditions de travail.
« À l’heure où l’intelligence artificielle se généralise dans les usages professionnels, une attention particulière doit être portée au risque de voir l’utilisation des technologies numériques entraîner une intensification du travail, une diminution du contrôle sur ses tâches et une atténuation des limites professionnelles pouvant aggraver les risques psychosociaux. »
L’IA générative, en particulier, peut installer une pression implicite – livrer plus, plus vite -, et s’ajouter à la crainte exprimée par certains actifs de voir leur métier transformé ou remplacé.
Former les managers à ces nouveaux risques, intégrer les impacts de l’IA dans les négociations sur les conditions de travail : autant d’enjeux à la croisée des chantiers sur les RPS et le développement de l’IA en milieu professionnel. Bien évidemment, la prévention joue et jouera un rôle central, à condition d’y intégrer ces nouveaux éléments. Prévention d’une part, lutte contre l’isolement de l’autre, alors que quatre télétravailleurs sur dix se sentent moins impliqués dans la vie de l’entreprise et davantage exposés à un sentiment d’isolement. L’IA ne résoudra pas ce problème, elle peut même l’aggraver si elle devient le principal interlocuteur du travailleur en difficulté.