Par Léa Trentalaud, consultante senior chez Chefcab
Au cours des derniers mois, plusieurs accidents mortels en entreprise ont impliqué des mineurs en stage. Le 17 avril dernier, un élève de seconde en lycée professionnel succombait à un accident impliquant un chariot élévateur, dans une entreprise de construction où il effectuait un stage. En 2025, ce sont 5 mineurs qui sont décédés dans le cadre de stages en entreprises. Ces décès tragiques interrogent sur la sécurité au travail, et plus largement sur la place des élèves en entreprise.
« Avec l’introduction depuis 2024 d’un stage obligatoire de 2 semaines en seconde, en complément du stage de 5 jours de troisième, les élèves passent plus de temps en entreprise. Si ce nouveau stage part d’intentions louables, celles de renforcer le lien entre école et entreprise, et d’aider les jeunes à se projeter dans le monde professionnel, il pose aussi question. »
En effet, la présence d’élèves non formés en entreprise, à fortiori dans des domaines à risques, suppose un encadrement renforcé pour parer à tout risque d’accident. Face à l’afflux d’élèves dans les entreprises à la faveur du stage de seconde, on peut douter de la préparation effective des entreprises à accueillir de façon sécurisée des publics non acculturés aux risques. Cette question se pose avec d’autant plus d’acuité pour les stages en lycée professionnel, où les élèves sont amenés à intervenir directement dans des environnements industriels, impliquant parfois des équipements dangereux.
« Plusieurs députés de gauche ont récemment appelé, dans une tribune d’opinion, à la suspension des stages d’observation pour les mineurs, “le temps de définir un cadre strict garantissant pleinement leur sécurité ». »
Le ministère du Travail a pour sa part annoncé une mission pour « renforcer les conditions de sécurité » des stages. Jean-Pierre Farandou a également annoncé qu’un guide de la sécurité au travail sera remis au jeune et commenté lors de la signature de la convention de stage. Dans le cadre du plan de santé et de sécurité au travail présenté prochainement, il sera également demandé aux entreprises de renforcer la prévention du « risque particulier » que constitue l’arrivée de jeunes sur le lieu de travail.
Ces annonces vont dans le bon sens, mais leur portée réelle dépendra de leur mise en œuvre concrète. Un guide ou une sensibilisation lors de la signature de convention ne sauraient suffire si les entreprises ne sont pas davantage contrôlées sur leur capacité réelle à accueillir des mineurs en toute sécurité, et si les jeunes n’y sont pas davantage encadrés. Il ne s’agit pas de remettre en cause la valeur pédagogique des stages, mais de s’assurer que l’immersion des jeunes dans le monde professionnel ne se fasse pas au détriment de leur sécurité. Le renforcement du lien école entreprise ne pourra être renforcé que s’il s’avère sans danger.