Par Camille Bourgeois, consultante chez Chefcab
Quinze mesures, trois axes, cinq ministères mobilisés, zéro euro supplémentaire. Jean-Pierre Farandou a présenté récemment son plan « Emploi futur », censé porter le taux d’emploi des 15-24 ans à 40 % d’ici 2030. L’ambition répond à une dégradation rapide : le chômage des jeunes est passé de 16,6 % début 2023 à 21,5 % fin 2025, soit 126 000 exclus supplémentaires en un an – la plus forte hausse de l’Union européenne, quand l’Espagne, l’Italie et la Grèce voient leurs courbes refluer. Reste une question : peut-on enrayer une dérive structurelle à budget constant ?
« Le contexte budgétaire fragilise d’emblée la cohérence du dispositif. Les aides à l’apprentissage ont été rabotées, avec des effets immédiats : deux ETI sur trois ont déjà réduit leurs effectifs d’apprentis en 2025, et selon l’Insee, la moitié de la hausse du chômage des jeunes en fin d’année provient d’alternants restés sans employeur. »
Les missions locales, de leur côté, perdent 7,6 % de leur budget en 2026. Difficile, dès lors, de prétendre « rapprocher les jeunes de l’entreprise » tout en désarmant les acteurs qui font ce travail.
Les outils annoncés – InserScore pour mesurer les débouchés des formations, application « 1jeuneDessolutions », passeport de compétences – relèvent d’une logique d’information. Utile, mais insuffisante. Les travaux des économistes Pierre Cahuc et Jérémy Hervelin sur l’insertion des décrocheurs sont clairs : l’information seule ne produit pas d’insertion, c’est l’accompagnement humain personnalisé qui fait la différence. Or ce sont précisément les structures qui assurent ce suivi – missions locales, écoles de la deuxième chance, Epide – dont les moyens stagnent ou se contractent.
« Renforcer l’accompagnement coûte plus cher qu’une application. C’est pourtant là que se joue l’insertion. L’enjeu est moins d’empiler les annonces que de consolider ce qui fonctionne : préserver les moyens des acteurs de terrain au moment même où la demande explose, plutôt que de raboter leurs budgets. »
Recalibrer ensuite les dispositifs vers les jeunes les moins qualifiés, structurer la coopération école-entreprise sur le modèle allemand, sortir l’orientation scolaire de son morcellement institutionnel. Trois chantiers qui appellent moins une annonce qu’un arbitrage budgétaire.
« Emploi futur » a le mérite de poser un diagnostic et de fédérer cinq ministères autour d’un constat partagé. Mais sans moyens et sans articulation avec la trajectoire de l’apprentissage, il rejoindra la longue liste des stratégies bien intentionnées qui se sont succédé depuis le pacte national pour l’emploi des jeunes de 1977. Un demi-siècle de plans, pour un chômage qui oscille entre 15 et 25 %. À l’heure des arbitrages, l’avenir de l’emploi des jeunes reste suspendu à celui du budget.