Par Corentin Dattin, consultant senior chez Chefcab

Du Contrat Première Embauche (CPE) défendu par Dominique de Villepin en 2006 au “CDI jeunes” mis sur la table par le Medef en ce début d’année, vingt ans se sont écoulés et une conclusion : la France n’a pas encore trouvé la recette magique de l’emploi des jeunes.

«  En 2006, le gouvernement défendait déjà l’idée qu’un assouplissement des règles de rupture du contrat de travail permettrait de lever les freins à l’embauche des jeunes.  »

Les semaines de mobilisation, les universités bloquées et la contestation sociale d’ampleur ont conduit au retrait du dispositif. Pour ses opposants de l’époque, créer un contrat spécifique, moins protecteur que le droit commun, revenait à institutionnaliser un monde du travail au rabais pour les jeunes.   

«  Vingt ans plus tard, le patronat crée la surprise. Sa proposition ? Instaurer un CDI pouvant être rompu sans motif pendant les premières années, compensé par une indémnisation croissante en lien avec l’ancienneté du salarié en cas de rupture.  »

Au-delà du fond, la méthode interroge : le Medef a choisi, dès son ouverture, de se tenir éloigné de la Conférence travail-emploi-retraite lancée par le gouvernement, pourtant conçue comme le cadre idoine de débat sur l’emploi entre partenaires sociaux et experts.

À l’heure où, selon l’Insee, 55 % des actifs de 15-24 ans sont en CDD, en intérim, en alternance ou en stage, on peut légitimement se demander si le problème de l’emploi des jeunes en France relève vraiment d’une insuffisance de flexibilité du contrat de travail. L’apport d’un “CDI jeunes” dans un système déjà fragmenté doit apporter la preuve de son impact positif sur l’amélioration durable de l’insertion professionnelle.

«  Bien connu, le premier enjeu est celui de l’orientation, informer plus tôt et mieux sur les métiers, leurs débouchés, leurs évolutions, rapprocher durablement entreprises et l’Éducation nationale, donner à vois les fillières porteuses. »


Si 18 % des 15 – 24 ans sont au chômage aujourd’hui, cela tient sans doute à une orientation imparfaite, à un déficit d’information sur les métiers, et à une inadéquation persistante entre formation et besoins économiques.

Cet investissement en amont est sans doute le moyen le plus efficace de réduire le nombre de jeunes sans emploi ni formation (NEET).


«  Le second est la formation, et en particulier l’apprentissage formidable levier d’insertion professionnel, notamment pour les jeunes qui se détournent des parcours académiques classiques . »

Encore faut-il orienter résolument l’effort vers les filières en tension et les métiers de demain : soins et aide à la personne, métiers manuels, numérique, transition écologique et énergétique…

De 2006 à nos jours, le débat reste inchangé sur les bons leviers à activer pour permettre à chaque jeune de s’insérer dans l’emploi. Pendant ce temps, le rapport des jeunes au travail évolue, se transforme et soulève des interrogations sur l’entreprise de demain et son rôle dans la société. L’emploi des jeunes ne se heurte pas à un manque de flexibilité, mais à l’absence de certitudes sur le futur du travail.