Par Léa Trentalaud, consultante senior chez Chefcab
93 milliards d’euros. Le chiffre, annoncé le 1er juin au château de Versailles lors de la neuvième édition du sommet Choose France, dépasse à lui seul le cumul des huit éditions précédentes (87 milliards entre 2018 et 2025). Un bilan à première vue flatteur pour Emmanuel Macron, en cette dernière édition de Choose France avant la fin de son mandat. Si le baromètre EY de l’attractivité publié dix jours plus tôt confirme l’hexagone comme pays le plus attractif d’Europe en matière d’investissement, il nuance aussi le satisfecit du Président de la République.
« La France a enregistré 852 projets d’investissements étrangers en 2025, contre 1 025 en 2024 : une chute de 17 %. L’Europe recule de 7 %. Le nombre de projets industriels, ainsi que le nombre d’emplois induits. »
Le cas particulièrement médiatisé de SoftBank est révélateur : avec 75 milliards d’euros investis pour développer et exploiter des centres de données en France, le groupe japonais réalise son plus gros investissement en Europe. Une belle opération pour l’Elysée, qui a particulièrement mis en avant cette annonce à Choose France, alors que l’intelligence artificielle est en plein essor. Pourtant, un datacenter, une fois construit, emploie entre 15 et 20 personnes à surface équivalente à un entrepôt logistique, qui en occupe 300 à 400. Ramené aux capitaux engagés, le ratio atteint un emploi pour 24 millions d’euros investis.
« Au-delà des chiffres et des images, le bilan de Choose France en matière d’emplois se lit en demi-teinte. Depuis 2018, l’Élysée revendique 50 000 postes industriels créés pour 180 milliards annoncés. Le baromètre EY fournit un éclairage complémentaire : chaque projet étranger génère en moyenne 34 emplois en France, contre 63 en Allemagne, 49 au Royaume-Uni et 406 en Hongrie. »
L’écart s’explique par la nature des investissements captés. Seuls 13 % des projets industriels étrangers implantés en France portent sur de nouvelles installations, contre 29 % au Royaume-Uni et 32 % en Allemagne. Business France vient toutefois nuancer ces chiffres, en précisant que les investissements permettent également de maintenir des emplois qui sans nouveaux moyens alloués auraient pu être détruits. Enfin la concrétisation des projets, passé l’effet d’annonces, peine parfois à se réaliser : en 2025, l’entreprise britannique Fluidstack avait annoncé un investissement de 10 milliards d’euros pour la construction d’un supercalculateur IA, ce qui représentait un quart du montant des annonces totales de Choose France. Finalement, l’entreprise s’est retirée et a choisi les Etats-Unis pour implanter son projet.
Si nul ne conteste la réussite de l’exercice Choose France, tant en termes d’attractivité que d’image de la France à l’international, son bilan réel en termes de réindustrialisation est plus nuancé. À moins d’un an de la fin du second mandat d’Emmanuel Macron, cette dernière édition de Choose France s’apparente à un dernier tour de piste pour le Président de la République. L’avenir du sommet dépendra du prochain locataire de l’Élysée. Mais le vrai bilan de l’attractivité française ne se mesurera pas aux promesses faites à Versailles, elle se vérifiera dans les bassins d’emploi.