Par Corentin Dattin, consultant senior chez Chefcab

Le Salon international de l’agriculture qui fermera ses portes dimanche intervient au terme d’une année ô combien particulière pour la profession, marquée par plusieurs mois de gestion de la crise liée à la dermatose nodulaire contagieuse et de débats sur les réponses politiques à apporter. Le monde agricole a exprimé au cours des derniers mois, avec intensité, un sentiment mêlé de lassitude, d’incompréhension et de colère. Derrière les revendications conjoncturelles et les lois d’urgence agricole, l’un des enjeux profonds qui traversent le monde paysan est celui du renouvellement des générations.

«  Alors que près d’un agriculteur sur deux a plus de 55 ans, la transition démographique à l’œuvre intervient dans un contexte où les nouvelles générations questionnent le métier de leurs aînés, perçu comme trop exigeant et financièrement incertain.  »

À cela s’ajoute un basculement initié dans les années 2000 et qui s’est accéléré depuis : l’agriculture, totem français, se trouve désormais au cœur des enjeux de santé publique, pointée du doigt pour son lien entre utilisation de pesticides et risques sanitaires. Une pression supplémentaire sur la filière, confrontée à une concurrence internationale accrue, et qui ne contribue pas forcément à révéler des vocations pour reprendre le flambeau des exploitations.
Une étude Croissance Bleue, dévoilée en marge du Salon de l’agriculture cette semaine, lève par ailleurs le voile sur les conséquences du changement climatique sur l’avenir du travail agricole.

«  81 % des professionnels agricoles interrogés se déclarent exposés à des risques physiques liés au climat et un quart des exploitants et cadres agricoles envisagent d’arrêter ou de changer d’activité à cause du changement climatique d’ici cinq ans.  »

Le projet de loi d’urgence agricole, qui n’a toujours pas été dévoilé, cherchera à répondre à une partie des attentes du secteur, notamment en matière de simplification et de compétitivité. Il suscite d’ores et déjà des craintes pour ses risques de reculs environnementaux, révélant la difficulté persistante à concilier urgence économique et transition écologique.
Les contrats d’avenir seront l’une des armes de Sébastien Lecornu pour rassurer la filière, en orientant la commande publique vers de l’approvisionnement local et en accompagnant financièrement et techniquement les agriculteurs qui se lancent dans une nouvelle culture adaptée au marché et au changement climatique.

«  Thibaut Guilluy, directeur général de France Travail, le rappelait cette semaine : 200 000 recrutements sont nécessaires chaque année pour maintenir notre capacité de production agricole . »

Le service public de l’emploi a donc signé aux côtés des acteurs de la filière une feuille de route triennale pour apporter des réponses en matière de recrutement, de formation et d’attractivité des métiers de l’agriculture. Dans les travées du Salon de l’agriculture, on observe malgré tout quelques signaux positifs sur ces 3 volets : l’agritech tricolore, qui rassemble les acteurs de l’innovation dédiée à l’agriculture de précision, se fait une place et ouvre de nouvelles perspectives pour la profession. En 2025, 213 millions d’euros ont été levés par les entreprises du secteur.