Par Camille Bourgeois, consultante chez Chefcab

La régulation du Compte personnel de formation franchit un cap. Avec le projet de loi de finances pour 2026, le gouvernement relève le ticket modérateur à 150 euros, plafonne l’usage des droits, notamment à 1 500 euros pour certaines certifications inscrites au Répertoire spécifique, et restreint les conditions d’éligibilité de dispositifs comme le bilan de compétences.

«  La logique est assumée : contenir une dépense devenue difficilement soutenable et sécuriser le budget de France compétences.  »

La réaction des partenaires sociaux est à la hauteur de l’enjeu. Force Ouvrière dénonce une remise en cause d’un « droit fondamental » et exige le retrait des textes. Les Acteurs de la compétence parlent de « mesure socialement injuste et économiquement absurde », alertant sur un risque de formation à deux vitesses et de basculement vers des offres à la qualité dégradée. Derrière la controverse budgétaire, c’est la nature même du CPF qui est en débat.

«  Depuis 2019 et sa monétisation, le CPF repose sur une tension non résolue. D’un côté, un droit attaché à la personne, mobilisable librement. De l’autre, un outil financé par la solidarité nationale, censé répondre aux priorités économiques.  »

Tant que la dynamique était expansive, l’ambiguïté tenait. L’explosion des dépenses, les fraudes et l’hétérogénéité des formations ont mis fin à cet équilibre.
Le plafonnement à 1 500 euros pose toutefois une question de cohérence. De nombreuses certifications techniques – data, transition énergétique, maintenance industrielle – et longues – langues, par exemple – excèdent largement ce montant. Le risque est réel : soit un reste à charge dissuasif pour les actifs modestes, soit un ajustement de l’offre vers des formats moins ambitieux. À court terme, la régulation protège les comptes et vise l’équilibre financier. À moyen terme, elle peut fragiliser l’investissement en compétences si elle n’est pas articulée à une stratégie plus large.

«  Car le problème dépasse le CPF. La France manque d’un pilotage clair de sa politique de formation continue. Entre État, branches, régions et opérateurs, la responsabilité est diluée. Le CPF a servi de variable d’ajustement, parfois de substitut à une véritable planification des besoins en compétences . »

La séquence actuelle a le mérite de la clarification : le CPF n’est plus un droit totalement ouvert, mais un droit orienté. Reste à savoir vers quoi. Sans hiérarchisation explicite des priorités – numérique, transition écologique, métiers en tension – la régulation budgétaire deviendra l’unique boussole. Or la question n’est pas seulement de contenir la dépense, mais d’organiser la montée en compétences d’un pays confronté à des mutations rapides.
La fin de l’ambiguïté peut être salutaire. À condition qu’elle débouche sur une stratégie, et non sur une simple restriction.