Par Camille Bourgeois, consultante chez Chefcab
Le budget 2026 est sur le point d’être définitivement adopté. Après un passage purement procédural au Sénat, le gouvernement engagera une dernière fois sa responsabilité à l’Assemblée. Sauf accident, le texte sera adopté. L’État disposera d’un cadre financier. Les administrations, les collectivités et les opérateurs publics pourront fonctionner.
Cette séquence budgétaire confirme une réalité politique simple : il n’existe pas de majorité. Le Parlement n’est ni en mesure de censurer le gouvernement, ni de produire une alternative cohérente. Le débat a eu lieu, mais sans capacité de décision collective. Dans ce contexte, la procédure a remplacé la délibération.
« Sur le fond, le budget assume une logique de contrainte. Les ajustements sont ciblés, les coupes réelles. Les crédits écologiques reculent, France 2030 est ponctionné, y compris sur des projets énergétiques. »
Le texte ne fixe pas de cap nouveau. Il vise à stabiliser les finances publiques dans un contexte dégradé. Le principal risque résiduel est désormais juridique, avec d’éventuelles censures du Conseil constitutionnel sur certaines mesures fiscales.
« Une fois ce budget adopté, une question demeure : et maintenant ? »
Jusqu’ici, le gouvernement Lecornu n’a pas réellement gouverné. Il a tenu. Il a sécurisé l’essentiel dans un contexte d’absence de majorité, de tensions financières et de risque de paralysie institutionnelle. Cette première phase n’était pas celle des choix structurants, mais celle de la continuité minimale. La phase qui s’ouvre est différente. Les dossiers s’accumulent et appellent des arbitrages concrets : logement, justice, sécurité locale, lutte contre les fraudes, Nouvelle-Calédonie, fin de vie, soins palliatifs, décentralisation, énergie, défense.
Pourtant, la contrainte est triple : pas de majorité stable pour porter des réformes, un calendrier politique saturé par les municipales puis la présidentielle, et des finances publiques qui interdisent toute politique de dépense massive. Dans ce cadre, gouverner ne consiste pas à multiplier les textes, mais à sélectionner quelques priorités et à les tenir.
Les premiers axes évoqués à Matignon dessinent une ligne étroite mais lisible : énergie, défense, agriculture, décentralisation. Des sujets stratégiques, susceptibles de créer des convergences, mais politiquement sensibles dès lors qu’ils touchent au pouvoir d’achat, aux territoires ou aux équilibres institutionnels. Le gouvernement ne cherche ni à imposer une doctrine, ni à construire un récit politique. Il avance par arbitrages discrets, avec un objectif prioritaire : contenir les tensions à venir et éviter les crises majeures. Cette méthode peut permettre de durer, mais elle ne suffit pas à créer une direction lisible.
Le véritable enjeu du temps 2 est là : passer d’une gestion sous contrainte à des choix clairs, hiérarchisés et assumés. À défaut, l’exécutif risque de s’installer durablement dans l’administration du provisoire, réduisant l’action publique à la préservation de l’existant, sans capacité réelle d’orientation dans un contexte économique et géopolitique de plus en plus contraint.