Par Camille Bourgeois, consultante chez Chefcab

Voilà presque une semaine que la France brûle. Chez Hutchinson, parmi tant d’autres, 50 degrés dans les ateliers, des fenêtres condamnées, des ventilateurs qui soufflent du chaud. Ce n’est plus une anomalie, mais une trajectoire et un aperçu des prochaines années. Une question s’impose, climatique mais surtout politique : comment organiser le monde du travail face à des canicules qui reviennent, plus tôt, plus fort, plus longtemps ?

« Ce que la chaleur expose, c’est d’abord un vide juridique assumé. Le Code du travail ne fixe aucune température maximale au-delà de laquelle le travail s’arrête. L’INRS recommande 28 degrés pour les métiers physiques, mais ces repères restent consultatifs. »

En l’absence de seuil légal, la responsabilité repose intégralement sur l’employeur, avec pour seule sanction une mise en demeure dont les deux tiers des signalements au parquet sont classés sans suite. Cette absence de cadre est d’autant plus difficile à défendre que les épisodes se multiplient. Le gouvernement a certes obtenu en 2026 la capacité d’imposer l’arrêt des chantiers aux heures les plus chaudes.

«  Mais sans seuil légal ni doctrine nationale, l’outil reste fragmenté : en Haute-Garonne, les chantiers toulousains ont été suspendus entre 12 heures et 20 heures ; dans les Deux-Sèvres, la préfecture a au contraire assoupli les horaires pour démarrer plus tôt. Même niveau d’alerte rouge, décisions inverses. L’arbitraire préfectoral ne protège ni les salariés ni les employeurs de façon cohérente. »

C’est là que le débat se noue. Fixer un seuil légal sans prévoir son financement revient à transférer le risque climatique sur des PME qui n’ont pas les marges pour absorber des arrêts répétés. Maintenir le vide actuel fait peser l’intégralité du risque sur les salariés, particulièrement dans le BTP et l’agriculture, où le droit de retrait individuel reste quasi inutilisable. Ces deux logiques n’ont rien d’incompatible. Elles appellent le même arbitrage.

«  Un seuil légal et un régime d’indemnisation forment un paquet indissociable. Le premier, fixé à 28 degrés pour les travaux physiques conformément aux repères de l’INRS, donnerait une base objective à l’arrêt de travail : le salarié ne porte plus seul l’appréciation du danger, l’employeur n’assume plus seul une décision qu’il n’a pas toujours les moyens de prendre.»

C’est ce que réclame Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, avec un droit de retrait automatique à la clé. Le second volet, un chômage partiel climatique indemnisé à 100 % étendu aux métiers du second œuvre aujourd’hui exclus du régime intempéries, garantirait que l’adaptation au réchauffement ne se finance pas sur la paie des ouvriers. Sans mutualisation du coût de l’arrêt, aucune norme de seuil ne tient dans la durée. L’ingénieur des mines Franck Lirzin, auteur d’Habiter un monde qui brûle, le chiffre sans détour : chaque euro investi dans l’adaptation rapporte dix euros en coûts évités, en santé, en productivité, en résilience.