Par Camille Bourgeois, consultante chez Chefcab
Une cathédrale en cinq ans, des Jeux en sept, une usine de lithium en quatre. À Échassières, devant la mine d’Imerys, Emmanuel Macron a dévoilé mercredi sa « méthode Notre-Dame » : faire aboutir à marche forcée les projets industriels et agricoles jugés stratégiques. Le volet industriel en donne la mesure : 150 projets labellisés, 71 milliards d’euros d’investissements, 63 départements concernés, des procédures menées en parallèle et des délais compressés.
« L’ambition est claire : réindustrialiser vite, partout, sans se laisser entraver par les « bureaucraties tatillonnes ». Tant mieux. Encore faut-il que ce qui doit tourner derrière les murs des usines ait été pensé avec la même urgence.. »
Car cette accélération laisse un angle mort que le discours présidentiel n’affronte pas. Les mines de lithium d’Imerys, les lignes de production de batteries, les chaînes aéronautiques, les chantiers nucléaires ne se pilotent ni avec des communiqués ni avec des rubans inaugurés. Ils exigent des soudeurs qualifiés, des techniciens de maintenance, des opérateurs en salle blanche, des ingénieurs procédés. Des compétences rares, longues à produire, et qui manquent déjà.
« Les tensions à venir sont documentées, et elles sont vertigineuses. Un million de départs à la retraite dans l’industrie d’ici 2030, alors que 60 000 postes sont déjà vacants et que 55 % des recrutements industriels sont jugés difficiles à pourvoir par France Travail. »
Rien que dans le nucléaire et la défense, 200 000 embauches sont nécessaires. Le mur des compétences n’est pas un risque théorique, il se dresse déjà sur les chantiers EPR et dans les bassins industriels en tension.
C’est dans ce contexte que Jean-Pierre Farandou et Sébastien Martin ont, en amont de cette intervention présidentielle, présenté lundi leur feuille de route pour l’attractivité et l’emploi dans l’industrie. 600 000 recrutements visés en 2026. Un doublement des stages, 35 000 immersions, 50 % d’offres captées en plus par France Travail, des task forces démultipliées, une ouverture assumée aux candidatures féminines.
Le plan ne manque ni de cohérence ni d’ambition. Mais il se trompe de priorité. L’obsession du flux laisse dans l’ombre ce qui détermine la réussite : former. Ce qui compte dans l’immédiat n’est pas de recruter plus. C’est de former mieux, plus tôt, plus massivement, en lien avec les branches et les territoires. Les Opco, les régions, les CFA industriels seront en effet les véritables chevilles ouvrières de la réindustrialisation. Accélérer les projets est une chose. Fabriquer les compétences qui les feront vivre en est une autre. Sans cela, la méthode Notre-Dame livrera des murs vides.