Par Corentin Dattin, consultant senior chez Chefcab

Entre deux déclarations expansionnistes de Donald Trump, le gouvernement français a officiellement lancé la campagne de recrutement du nouveau Service National, ce lundi. La mesure représente un basculement politique inédit depuis 1997 et la fin du service militaire obligatoire. Ces derniers mois actent l’abandon du Service National Universel (SNU), qui n’aura jamais reçu de portage politique réel, au profit d’un Service National pleinement assumé dans sa dimension militaire.

«  La France change de fusil d’épaule, bousculée par la réalité de la géopolitique mondiale. »

Guerre d’attrition en Europe de l’Est, réarmement généralisé des puissances, instabilité stratégique entretenue par une diplomatie américaine débridée – du Venezuela au Groenland – : le désordre mondial s’installe durablement et les 15 premiers jours de 2026 nous le confirment. Dans ce contexte, la France accélère à son tour, par la voix de son chef d’état-major des Armées, d’une part, qui nous avertit :

« Si notre pays flanche parce qu’il n’est pas prêt à accepter de perdre ses enfants, de souffrir économiquement parce que les priorités iront à de la production défense, si on n’est pas prêt à ça, alors on est en risque. »

Par l’État dans son ensemble, d’autre part, qui cherche à consolider ses effectifs, ses compétences, et sa capacité de montée en puissance rapide. À l’heure où la fonction publique dans sa globalité – État, territoriale, hospitalière – fait face à des enjeux majeurs en termes d’attractivité et de fidélisation de ses agents, l’Armée fait figure d’exception.


Les efforts consentis en matière de communication depuis plusieurs années, principalement tournée vers les jeunes, offrent des perspectives de carrière qui résonnent chez nombre d’entre eux : des valeurs fortes (servir, protéger, défendre…), un modèle RH adapté (rémunération à l’entrée, progression rapide…), ou encore l’appartenance à un corps dans un monde du travail par ailleurs fragmenté. Logistique, cybersécurité, maintenance, santé, encadrement : l’Armée se positionne comme un acteur central de formation professionnelle.

«  Et le Service National, qui repose sur le volontariat, entend structurer ces parcours dès la sortie de l’enseignement secondaire. En assumant clairement que ce nouveau dispositif sera “purement militaire”, là où le SNU se limitait à une inspiration, l’État réinvestit le champ de la mobilisation. »

Le service national sert autant à recruter qu’à préparer : pour les jeunes, c’est une porte d’entrée vers l’emploi ; pour l’État, un réservoir stratégique au moment où il prépare les esprits à une entrée en guerre de moins en moins dissimulée.