Par Corentin Dattin, consultant senior chez Chefcab
Le réseau d’épiceries solidaires Andes a dévoilé cette semaine son deuxième baromètre des travailleurs pauvres, mené avec Ipsos-BVA. Le constat se veut un « électrochoc » à destination des employeurs : 91 % des salariés interrogés n’ont jamais demandé d’aide à leur entreprise, y compris alimentaire, et 77 % disent ne pas avoir connaissance d’une démarche d’accompagnement social proposée par leur employeur ou leur CSE. À travers ces données, se pose plus largement la question du rôle social que nous attribuons à l’entreprise face à la précarité de ses propres salariés.
« Coïncidence, la publication du baromètre de l’Andes tombe la même semaine qu’une étude de la fondation Travailler autrement, dont l’un des enseignements est que les salariés sont désormais majoritaires (61%) à vouloir gagner plus quitte à diminuer leur temps libre. »
Véritablement, le pouvoir d’achat est revenu à la première place des priorités des français, dans un contexte d’inflation confirmé par les dernières données de l’Insee. Pour les travailleurs pauvres, les arbitrages budgétaires et la précarité alimentaire s’intensifient. Ils sont 1 sur 2 à déclarer être souvent contraints de se restreindre alimentairement en raison de leur situation financière, en augmentation de 4 points sur un an. 40 % sautent plusieurs repas par semaine pour permettre à d’autres membres de leur foyer de manger. Paradoxalement, le recours aux aides alimentaires recule par rapport à 2025.
Quel rôle l’entreprise peut endosser face à la précarité qui touche ses salariés ?
« Le baromètre de l’Andes fait ressortir une tension entre la méconnaissance des dispositifs d’aide que le salarié précaire peut solliciter de la part de son entreprise, et la honte de devoir révéler sa situation. D’autant que souvent, la précarité du salarié est liée à une politique salariale insuffisante pour sortir de cette situation. »
L’entreprise se retrouve prise en étau entre deux contraintes difficilement conciliables : une pression sur les salaires à laquelle elle ne peut toujours répondre, et une réalité selon laquelle un salarié en proie à des difficultés économiques est davantage exposé à des risques de mal être au travail. L’intérêt de l’employeur plaide donc pour une forme d’intervention, non par charité, mais par rationalité économique. Reste que les leviers accessibles sans toucher à la masse salariale existent : titres-restaurant, complémentaire santé renforcée, épargne salariale, accès à des dispositifs d’aide sociale mutualisés.